Suite à notre rencontre sur le SynthFest 2022 autour du Kurzweil K2700, j’ai proposé à Stéphane Garganigo de nous expliquer son activité de sound designer, et de donner quelques conseils à ceux qui débutent avec leur synthétiseur.

Stéphane, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Stéphane Garganigo, et j’ai créé la société Barb & Co en 2014 suite à la volonté de concrétiser ce qui était ma passion depuis mes jeunes années. J’ai quitté le secteur de la logistique pour me consacrer entièrement à cette aventure.

Stéphane Garganigo - Barb and Co
Stéphane Garganigo – Barb and Co

Mon activité se résume à 2 pôles principaux que sont le sound design et la vente d’instruments.

Sound design

Le sound design se défini sous plusieurs axes comme la mise à disposition sur le site de banques de sons prêtes à l’emploi pour différentes marques comme Kurzweil, Korg, Arturia, Nord, Sequential, etc….Une équipe de partenaires participe également à la création des banques, ce qui permet d’étendre l’offre.

Je propose également pour Kurzweil une activité de custom sound design, c’est-à-dire que des clients me contactent et souhaitent retrouver telle ou telle sonorité en vue d’un concert par exemple.

J’ai également participé à plusieurs projets de création de presets pour des VST Steinberg, certains presets du River de Baloran (avec Laurent Pelletier), et des presets pour les PC4 et K2700 Kurzweil.

Vente d’instruments

Je propose également sur mon site la vente des instruments  Dexibell et Kurzweil, avec possibilités de formation afin d’aider les clients à ne pas se retrouver un peu seul face à leur nouvelle machine et ainsi leur éviter de longues heures de galère ! Malheureusement cette activité est plus ou moins en stand-by en ce moment du fait des difficultés d’approvisionnement.

Le Sound Design, tu en fais depuis longtemps ?

Je fais du sound design depuis un certains nombres d’années, c’est vrai ! En fait je pense que j’ai commencé à bricoler du son dans les années 80 sur un Amstrad CPC, avec ses fameuses ondes carrés et bruit blanc.

Amstrad CPC 464 - crédit photo Wikipedia
Amstrad CPC 464 – crédit photo Wikipedia

Mon premier vrai synthétiseur était un Korg Poly-61, certes pas une légende mais au final une très bonne machine pour comprendre la synthèse etc…. Une bonne partie des timbres classiques étaient accessibles malgré une architecture relativement simple.

Korg Poly 61 - crédit photo Audiofanzine
Korg Poly 61 – crédit photo Audiofanzine

Puis est venu le Roland D-10, avec ses tones, partials mais surtout une espèce de système approchant le virtual analog avec en plus le mélange de samples ultra courts. Son modulateur en anneau était le bienvenu pour aller chercher des sonorités supplémentaires…Je l’ai tellement programmé qu’à la fin les boutons répondaient difficilement… ! La rolls le Roland D-50 était inaccessible à l’époque.

Roland D-10 - crédit photo Audiofanzine
Roland D-10 – crédit photo Audiofanzine

Comment abordes-tu un nouveau synthétiseur ?

J’ai une approche qui consiste d’abord à voir si une nouvelle machine va m’apporter quelque chose. Aujourd’hui l’offre est immense, que ça soit pour du numérique hard, de l’analogique ou des VST. Il est difficile de ne pas résister.

Mais j’ai fait l’erreur étant jeune de penser qu’en empilant les synthétiseurs j’allais être plus créatif. Je pense aujourd’hui que faire une sélection drastique est nécessaire pour ne pas se perdre.

Il y a cependant des machines aujourd’hui qui m’ont fait de l’œil comme le nouveau Sequential Prophet 10, qui certes du point de vue synthèse est ultra classique, mais il y a son timbre particulier, son look, son histoire, etc…J’ai l’impression d’avoir coché une case dans la liste des choses à avoir dans son studio.

Sequential Prophet-10 - Crédit photo Sequential
Sequential Prophet-10 – Crédit photo Sequential

Dans un autre registre, le Korg Opsix et son système de synthèse à architecture variable a également retenu toute mon attention. En fait la plupart du temps je vais télécharger les notices afin d’avoir une bonne vision de la machine avant de me décider. Après, une fois la machine dans le studio, il faut passer du temps dessus et ne pas hésiter à la pousser dans ses retranchements.

Korg Opsix
Korg Opsix

Je t’ai rencontré au SynthFest autour du Kurzweil K2700, qu’en penses-tu ?

J’ai une relation particulière avec le kurzweil K2700 puisque j’ai eu la chance de faire partie de l’équipe qui a développé les nouveaux presets. Ce projet m’avait occupé pratiquement toute l’année 2019. Mon travail était de créer principalement des sons de synthétiseurs ainsi que des multis (anciennement setups). Ce fût un projet passionnant, d’autant plus que je ne savais pas au début sur quelle machine je travaillais. Cela peut paraître étrange, mais ce qu’il faut comprendre c’est que j’ai développé tous mes sons du K2700 sur un Forte  avec un OS hybride.

J’ai compris quand l’extension des fichiers que j’échangeais avec Boston est devenue .K27 et non plus .FOR ! Kurzweil était resté discret au départ, ce qui se comprend aisément.

Le K2700 est  le nouveau flagship de la marque. Bien que son système ressemble beaucoup à celui des Forte et PC4 il faut bien comprendre que le Forte est arrivé quasiment au bout de ses capacités, en tout cas c’est la sensation que l’on a quand on pratique et le Forte et le K2700. Il y a de la latence dans certains menus du Forte comme par exemple pour la programmation de la FM ou l’utilisation du séquenceur.

Tout ceci est gommé sur le K2700, sans compter que la polyphonie est passée à 256 voix. De plus, les temps de sauvegarde et chargement n’ont rien de comparables. En fait on a la sensation de reprendre avec le K2700 là où le Forte commence à s’essouffler,  un peu comme dans une course de relais !

Kurzweil K2700
Kurzweil K2700

Avec le K2700, sa carte son embarquée, son ruban et ses pads, on renoue avec la série K. Bien sûr pour le moment, pas encore de live mode ou vocoder par exemple mais connaissant l’équipe de génies qu’il y a à Boston et vu ce qu’ils ont réussi à faire avec le Forte, on peut imaginer que le système d’exploitation du K2700 n’en est qu’à ses débuts. On croise les doigts !

Quels sont les conseils que tu donnes à un débutant ?

C’est vrai qu’aujourd’hui, un débutant a de quoi se perdre dans la pléthore de solutions qui s’offrent à lui. D’un autre côté les sources d’informations sont nombreuses, ne pas hésiter à les consulter.

Après il faut bien voir vers quoi on souhaite aller.

  • Est-ce pour jouer dans un groupe ? Dans ce cas on privilégiera peut être du hardware.
  • Est-ce pour créer de la musique chez soi ? Dans ce cas, un clavier maitre, un ordinateur avec quelques VST bien choisis pourraient faire l’affaire…

Les deux solutions peuvent cohabiter sans soucis. On notera d’ailleurs qu’il existe des VST gratuits, parfaits pour se faire la main, et le marché de l’occasion pour le hardware est très fourni.

Même en neuf, on peut trouver de très bons instruments abordables. Le budget va évidemment orienter les choix mais il faut se dire que l’on n’est pas forcément plus créatif avec du matériel complexe et onéreux. Il faut aussi se dire que si l’on court constamment après la dernière bécane annoncée, c’est perdu d’avance…Enfin et surtout, bien utiliser ce que l’on possède.

Quels sont tes projets actuels ?

En ce moment j’adapte certaines de mes précédentes banques au K2700, avec la prise en compte des Pads, du ruban et quelques autres améliorations. Bien sûr la création de nouveaux sets fait aussi parti de mes projections. Après, j’ai d’autres projets sur le feu dont je ne peux pas parler pour le moment… 😉

Puis-je te demander des conseils pour recréer un son connu ?

Ce que je trouve passionnant quand on fait du sound design et que l’on reprogramme un son entendu dans un album, un concert etc….c’est d’abord de retrouver la machine sur laquelle ce son a été fait. Il y a une petite enquête à faire, fouiller le web, les vidéos, les forums etc…

Une fois que l’on a réussi à trouver, on peut commencer à en déduire les paramètres et modules de sons mis en œuvres et commencer à programmer.

On voit que c’est sur un Minimoog ? Dans ce cas on peut partir sur 3 oscillateurs max et du filtrage passe-bas. Certes, ce stade n’est pas obligatoire mais il est assez enrichissant.

Les effets et autres traitements appliqués sur l’instrument jouent  également un grand rôle, ainsi que la façon dont le son est joué. Quelquefois on arrive à émuler le son assez rapidement, d’autres fois c’est plus compliqué, surtout quand plusieurs instruments sont impliqués en couche. Ce genre de reverse engineering permet d’apprendre beaucoup ! Il n’y a malheureusement pas de recette miracle et c’est vraiment au cas par cas.

Par contre il est recommandé de savoir faire la différence sur les éléments classiques, comme par exemple en analogique,  savoir différencier une dent de scie, un carré, un PWM ou encore une synchro. Ou même encore les différents modes de filtrage comme passe-bas, passe-haut, etc….Idem pour des sons FM, comprendre les porteurs, modulateurs etc…

C’est pour cela que bien appréhender et comprendre son matériel permettra de mieux cerner les éléments mis en œuvre dans le son à reproduire…

Le home studio actuel de Stéphane G.

Pas mal de Kurzweil, un Korg Opsix et un Sequential Prophet-10 🥰

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Présentation de l’OPSIX par Stéphane sur la Boite Noire

Conclusion

Merci beaucoup Stéphane de nous avoir expliqué ton parcours, qui j’espère intéressera de nombreux lecteurs. Très intéressant cette partie de recherche pour connaitre le synthétiseur utilisé dans un morceau. Tes conseils vont pouvoir aider les débutants, à se focaliser sur un synthétiseur, et apprendre les bases, comme je les propose sur le blog.

Et puis j’ai vraiment apprécié notre rencontre, nos discussions autour des sons, de la synthèse VAST, et le son de harpe laser qui est présent dans le K2700. Et d’ailleurs, il sonne vraiment bien ce nouveau synthétiseur Kurzweil 😉

Pour avoir vu la démo de Stéphane sur l’OPSIX lors du SynthFest, c’est incroyable ce qu’il arrive à faire avec ce synthétiseur. Et cela montre bien que c’est un métier passionnant.

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